« Il existerait 3 biotypes de TDAH »… vraiment ?
Depuis quelque temps, certaines études en neurosciences proposent l'idée qu'il existerait trois biotypes biologiques de TDAH, identifiés grâce à l'imagerie cérébrale. Autrement dit : le TDAH ne serait pas un seul trouble… mais plusieurs mécanismes cérébraux différents regroupés sous le même diagnostic.
Mais lorsqu'on regarde la littérature scientifique de plus près, une question essentielle apparaît : et si ces biotypes n'étaient pas uniquement du TDAH ?
Ce que disent les études
Certaines recherches utilisant l'IRM cérébrale ont identifié trois profils distincts de connectivité cérébrale chez des personnes diagnostiquées TDAH. Ces profils impliqueraient notamment :
- les réseaux de l'attention
- les circuits fronto-striés (contrôle exécutif)
- les circuits de régulation émotionnelle
Mais il y a un problème scientifique majeur
Les troubles neurodéveloppementaux se chevauchent énormément. Chez les personnes avec TDAH :
- 20 à 50 % présentent aussi des traits autistiques
- 20 à 40 % ont des troubles des apprentissages
- 25 à 40 % présentent des troubles anxieux
- 30 à 50 % présentent un trouble oppositionnel
Autrement dit : les profils « TDAH purs » sont relativement rares.
Et le cerveau, lui, ne connaît pas le DSM
Les études en neurosciences montrent que plusieurs troubles neurodéveloppementaux partagent les mêmes réseaux cérébraux :
- réseau exécutif frontal
- réseau attentionnel
- réseau de saillance
- circuits dopaminergiques
Ces circuits sont impliqués dans le TDAH, l'autisme, les troubles des apprentissages et certains troubles anxieux.
La vraie question scientifique
Quand une étude identifie trois biotypes de TDAH, deux interprétations sont possibles :
- il existe réellement plusieurs formes biologiques de TDAH
- OU ces biotypes reflètent des profils neurodéveloppementaux qui traversent plusieurs diagnostics
Aujourd'hui, la science ne peut pas encore trancher. C'est d'ailleurs un débat majeur en psychiatrie.
Un changement de perspective en cours
Le National Institute of Mental Health a lancé un programme appelé Research Domain Criteria. Son objectif est de comprendre les troubles psychiatriques à partir des circuits cérébraux et des dimensions de fonctionnement, plutôt que uniquement à partir des catégories diagnostiques du DSM.
De plus en plus de chercheurs pensent que les troubles neurodéveloppementaux pourraient être des dimensions qui se chevauchent, plutôt que des cases distinctes. Autrement dit : le cerveau fonctionne en profils, pas en diagnostics isolés.
Ce que cela change pour l'accompagnement
Deux personnes avec le même diagnostic peuvent avoir des fonctionnements cérébraux très différents. Et deux personnes avec des diagnostics différents peuvent avoir des difficultés très similaires.
C'est pourquoi l'accompagnement doit rester individualisé. Comprendre la singularité du profil neurobiologique de chaque personne devient plus important que de se concentrer uniquement sur l'étiquette diagnostique.


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